La France en vrai

Peut-on expulser tous les étrangers en situation irrégulière ?

On expulse tous les clandestins et on applique toutes les OQTF.

Qui dit ça ? 1 déclaration

Cette idée est défendue publiquement. Mot pour mot :

  • « Je veux contrôler les frontières, supprimer l'aide sociale qui sert d'appel d'air, expulser les clandestins. Oui, ils doivent faire leurs bagages »

    Nicolas Dupont-Aignan, député de l'Essonne et président de Debout la France. franceinfo, le 5 juin 2018. Source ↗

    Propos tenus sur franceinfo et rapportés par Public Sénat le 5 juin 2018. Il réagissait aux déclarations de Matteo Salvini, nouveau ministre italien de l'Intérieur.

Infaisable tel quel

Expulser tous les sans-papiers est hors de portée : même avec l'estimation la plus basse, il faudrait plus de vingt ans au rythme de 2025 (notre calcul). Leur nombre exact n'est pas connu : de 458 681 bénéficiaires de l'aide médicale d'État fin septembre 2025, dont près de 110 000 mineurs, à environ 800 000 selon une estimation parlementaire. Et pour une personne sans passeport, le renvoi exige un laissez-passer de son pays, obtenu à temps dans 55,1 % des cas en 2025. Ministère de l'Intérieur +1 Ministère de l'Intérieur · octobre 2026 Les étrangers en France 2025, rapport au Parlement (vingt-troisième rapport établi en application de l'article L. 123-1 du CESEDA) page 64, partie « Le séjour irrégulier sur le territoire » (chercher « 458 681 ») et tableau « Nombre de bénéficiaires de l'aide médicale d'État (AME) », colonnes 2020 à 2024 puis 2025 (cumul à fin septembre) Assemblée nationale · mai 2023 Rapport d'information sur l'évaluation du coût des soins dispensés aux étrangers en situation irrégulière, n° 1244 (Véronique Louwagie, rapporteure spéciale) page 37 du rapport (page 36 du PDF), chercher « 800 000 »

Expulsions forcées en 2025 et estimations du nombre d'étrangers en situation irrégulière
  • Estimation parlementaire (2023, hypothèse de 50 % de recours à l'AME) environ 800 000
  • Bénéficiaires de l'AME fin septembre 2025 (estimation basse, mineurs compris) 458 681
  • Éloignements forcés exécutés en 2025 (métropole, citoyens européens compris) 15 253

Il n'existe pas de chiffre officiel du nombre d'étrangers en situation irrégulière. Les bénéficiaires de l'AME comptent près de 110 000 mineurs, qui en droit ne sont pas en situation irrégulière, mais pas les personnes qui ne la demandent pas, près d'une sur deux selon une enquête.

Source Assemblée nationale +1 Assemblée nationale · mai 2023 Rapport d'information sur l'évaluation du coût des soins dispensés aux étrangers en situation irrégulière, n° 1244 (Véronique Louwagie, rapporteure spéciale) page 37 du rapport (page 36 du PDF), chercher « 800 000 » Ministère de l'Intérieur · octobre 2026 Les étrangers en France 2025, rapport au Parlement (vingt-troisième rapport établi en application de l'article L. 123-1 du CESEDA) page 64, partie « Le séjour irrégulier sur le territoire » (chercher « 458 681 ») et tableau « Nombre de bénéficiaires de l'aide médicale d'État (AME) », colonnes 2020 à 2024 puis 2025 (cumul à fin septembre)

Pourquoi l'État réserve la rétention aux profils jugés dangereux

Les places en rétention sont rares : 2 188 en 2024, occupées à 92,3 % en métropole. Depuis août 2022, l'État les réserve en priorité aux étrangers qui présentent un risque de trouble à l'ordre public. Selon la commission des lois de l'Assemblée (juin 2025), 90 % des personnes retenues sont connues pour troubles à l'ordre public ou radicalisation, et 40 % des OQTF visant des personnes en rétention sont exécutées. Ministère de l'Intérieur +1 Ministère de l'Intérieur · octobre 2026 Les étrangers en France 2025, rapport au Parlement (vingt-troisième rapport établi en application de l'article L. 123-1 du CESEDA) page 66, tableau « Placements en centre de rétention administrative (CRA) », colonnes 2020 à 2024 (la valeur 2024 est la cinquième de chaque ligne) Assemblée nationale · juin 2025 Séance thématique de contrôle : « Les résultats de la politique d'éloignement des personnes sous obligation de quitter le territoire français (OQTF) » page 2 (chercher « 40 % ») ; page 3, point 2° (chercher « 90% ») ; page 4, partie II.A (chercher « 3 000 en 2027 »)

Si l'objectif est que davantage d'OQTF soient appliquées, voici les mesures chiffrées ou recommandées par des organismes officiels.

  1. 1 120 € au lieu de 4 414 €

    Développer les retours aidés

    Un retour volontaire aidé coûte quatre fois moins qu'une expulsion forcée. Quand l'aide est passée de 650 à 1 200 €, fin 2023, les retours aidés ont augmenté de 62 % en un an, avant de se stabiliser en 2025. Et ils évitent l'obstacle des laissez-passer. Cour des comptes +2 Cour des comptes · janvier 2024 La politique de lutte contre l'immigration irrégulière (rapport public thématique) page 15, synthèse (chercher « plus attractif ») ; page 108, partie « Un complément utile et peu coûteux à l'éloignement forcé » (chercher « 1 120 € ») Assemblée nationale · juin 2025 Séance thématique de contrôle : « Les résultats de la politique d'éloignement des personnes sous obligation de quitter le territoire français (OQTF) » page 6, colonne de gauche, chercher « de 650 à 1 200 € » ; colonne de droite, chercher « 4 581 » Ministère de l'Intérieur · octobre 2026 Les étrangers en France 2025, rapport au Parlement (vingt-troisième rapport établi en application de l'article L. 123-1 du CESEDA) page 65, tableau « Éloignements et départs exécutés des étrangers en situation irrégulière selon la nationalité et le type de sortie du territoire », colonnes 2021 à 2025 (la valeur 2025 est la cinquième de chaque ligne)

  2. 3 000 places en 2027

    Augmenter les places en rétention

    La rétention est efficace : 40 % des OQTF sont exécutées pour les personnes retenues. Les places doivent passer d'environ 2 000 à 3 000 en 2027. Mais une journée de rétention coûte 602 €. Assemblée nationale +1 Assemblée nationale · juin 2025 Séance thématique de contrôle : « Les résultats de la politique d'éloignement des personnes sous obligation de quitter le territoire français (OQTF) » page 2 (chercher « 40 % ») ; page 3, point 2° (chercher « 90% ») ; page 4, partie II.A (chercher « 3 000 en 2027 ») Cour des comptes · janvier 2024 La politique de lutte contre l'immigration irrégulière (rapport public thématique) page 15, synthèse (chercher « 1,8 Md€ »)

  3. 55,1 % des laissez-passer à temps

    Obtenir les laissez-passer des pays d'origine

    La Cour des comptes recommande de centraliser la procédure de délivrance des laissez-passer consulaires. La fiche sur les OQTF détaille ce point. Cour des comptes +1 Cour des comptes · janvier 2024 La politique de lutte contre l'immigration irrégulière (rapport public thématique) page 17, « Récapitulatif des recommandations », recommandations 4, 5 et 7 Ministère de l'Intérieur · octobre 2026 Les étrangers en France 2025, rapport au Parlement (vingt-troisième rapport établi en application de l'article L. 123-1 du CESEDA) page 67, tableau « Laissez-passer consulaires (LPC) », colonnes 2021 à 2025 (la valeur 2025 est la cinquième de chaque ligne)

Coût moyen d'un départ, selon les estimations officielles
  • Retour volontaire aidé (Cour des comptes, 2017 à 2022) 1 120 €
  • Expulsion forcée (Cour des comptes, 2022, sous-estimé) 4 414 €
  • Expulsion forcée (estimation de députés, 2019) environ 14 000 €

Le coût d'une expulsion forcée varie selon ce que l'on compte : la Cour des comptes exclut l'identification des personnes et le travail des préfectures.

Source Cour des comptes +1 Cour des comptes · janvier 2024 La politique de lutte contre l'immigration irrégulière (rapport public thématique) page 15, synthèse (chercher « plus attractif ») ; page 108, partie « Un complément utile et peu coûteux à l'éloignement forcé » (chercher « 1 120 € ») Assemblée nationale · juin 2025 Séance thématique de contrôle : « Les résultats de la politique d'éloignement des personnes sous obligation de quitter le territoire français (OQTF) » page 6, colonne de gauche (chercher « 14 000 »)

Pourquoi « infaisable tel quel » ? Parce que chaque étape du renvoi a une limite physique.

D'abord, on ne sait pas combien de personnes sont concernées. Le ministère de l'Intérieur le dit lui-même : il n'y a pas de chiffrage. L'aide médicale d'État comptait 458 681 bénéficiaires fin septembre 2025, dont près de 110 000 mineurs, qui en droit ne sont pas en situation irrégulière. C'est l'estimation basse : près de la moitié des personnes qui y ont droit ne la demandent pas. Une estimation parlementaire de 2023 arrive ainsi à environ 800 000, en supposant que la moitié seulement des personnes concernées demandent l'AME.

Ensuite, il faut retrouver chaque personne, l'identifier et obtenir de son pays qu'il la reprenne. Pour celles qui n'ont pas de passeport, il faut un laissez-passer : en 2025, 55,1 % ont été obtenus à temps. Entre 20 et 30 % des étrangers à éloigner ne sont pas identifiés avec certitude.

Il faut aussi souvent la placer en rétention le temps d'organiser le départ. Or les centres comptaient 2 188 places en 2024, occupées à 92,3 % en métropole, où la durée moyenne atteint 34,5 jours.

Le rythme actuel reste loin du compte : en 2025, sur 15 253 éloignements forcés depuis la métropole, 2 477 visaient des citoyens européens et 6 596 ont renvoyé des personnes vers un autre pays européen ; 6 180 seulement ont abouti à un retour hors d'Europe.

Enfin, le coût. Une expulsion forcée coûte au moins 4 414 € selon la Cour des comptes, environ 14 000 € selon une estimation de députés en 2019.

Notre calcul. Adultes bénéficiaires de l'AME : 458 681 − près de 110 000 mineurs ≈ 350 000. Renvois forcés hors citoyens européens en 2025 : 6 180 + 6 596 = 12 776. Durée : 350 000 ÷ 12 776 ≈ 27 ans ; en comptant tous les éloignements forcés, citoyens européens compris, 350 000 ÷ 15 253 ≈ 23 ans. Coût : 350 000 × 4 414 € ≈ 1,5 milliard d'euros ; 350 000 × 14 000 € = 4,9 milliards d'euros. Avec l'estimation haute d'environ 800 000 personnes, mineurs compris, la durée et le coût seraient nettement plus élevés. Ces calculs donnent des ordres de grandeur : ils supposent que le rythme et le coût restent ceux d'aujourd'hui, et ne tiennent compte ni des nouvelles arrivées ni des départs spontanés.

Sur 100 laissez-passer consulaires demandés en 2025, combien obtenus à temps ?
55

En 2025, 55,1 % des laissez-passer demandés aux pays d'origine ont été obtenus à temps. Sans ce document, une personne sans passeport ne peut pas être renvoyée.

Source Ministère de l'Intérieur Ministère de l'Intérieur · octobre 2026 Les étrangers en France 2025, rapport au Parlement (vingt-troisième rapport établi en application de l'article L. 123-1 du CESEDA) page 67, tableau « Laissez-passer consulaires (LPC) », colonnes 2021 à 2025 (la valeur 2025 est la cinquième de chaque ligne)

Imaginez une préfecture qui doit renvoyer une personne en situation irrégulière. Il faut la retrouver, vérifier son identité, demander au consulat de son pays un laissez-passer, lui trouver une place en rétention, réserver un vol, prévoir une escorte. Si le consulat ne répond pas, tout s'arrête : en 2025, 2 929 demandes sont restées sans réponse.

Maintenant, multipliez par plusieurs centaines de milliers. C'est pourquoi l'État choisit qui renvoyer en priorité, et pourquoi il paie aussi des retours volontaires, quatre fois moins chers qu'une expulsion forcée.

À votre avis, si l'on ne peut pas tout faire en même temps, par qui faudrait-il commencer ?

  1. Question écrite n° 06460 de M. Stéphane Ravier sur le nombre d'étrangers en situation irrégulière, et réponse du ministère de l'Intérieur, Sénat (réponse du ministère de l'Intérieur), janvier 2026. réponse publiée au JO Sénat du 15 janvier 2026, page 178 (chercher « Par essence » et « 465 744 »).
  2. Rapport d'information sur l'évaluation du coût des soins dispensés aux étrangers en situation irrégulière, n° 1244 (Véronique Louwagie, rapporteure spéciale), Assemblée nationale, commission des finances, mai 2023. page 37 du rapport (page 36 du PDF), chercher « 800 000 ».
  3. La politique de lutte contre l'immigration irrégulière (rapport public thématique), Cour des comptes, janvier 2024. page 116, chercher « 4 414 € » ; page 15, synthèse (chercher « 1,8 Md€ ») ; page 15, synthèse (chercher « plus attractif ») ; page 108, partie « Un complément utile et peu coûteux à l'éloignement forcé » (chercher « 1 120 € ») ; page 17, « Récapitulatif des recommandations », recommandations 4, 5 et 7.
  4. Séance thématique de contrôle : « Les résultats de la politique d'éloignement des personnes sous obligation de quitter le territoire français (OQTF) », Assemblée nationale, commission des lois, juin 2025. page 6, colonne de gauche (chercher « 14 000 ») ; page 6, colonne de gauche, chercher « de 650 à 1 200 € » ; colonne de droite, chercher « 4 581 » ; page 2 (chercher « 40 % ») ; page 3, point 2° (chercher « 90% ») ; page 4, partie II.A (chercher « 3 000 en 2027 »).
  5. Les étrangers en France 2025, rapport au Parlement (vingt-troisième rapport établi en application de l'article L. 123-1 du CESEDA), Ministère de l'Intérieur, direction générale des étrangers en France, octobre 2026. page 7 (synthèse), chercher « 15 253 » ; détail page 65, tableau « Éloignements et départs exécutés » ; page 66, tableau « Placements en centre de rétention administrative (CRA) », colonnes 2020 à 2024 (la valeur 2024 est la cinquième de chaque ligne) ; page 66, texte au-dessus du tableau sur la rétention (chercher « profil évocateur ») ; page 67, tableau « Laissez-passer consulaires (LPC) », colonnes 2021 à 2025 (la valeur 2025 est la cinquième de chaque ligne) ; page 64, partie « Le séjour irrégulier sur le territoire » (chercher « 458 681 ») et tableau « Nombre de bénéficiaires de l'aide médicale d'État (AME) », colonnes 2020 à 2024 puis 2025 (cumul à fin septembre) ; page 65, tableau « Éloignements et départs exécutés des étrangers en situation irrégulière selon la nationalité et le type de sortie du territoire », colonnes 2021 à 2025 (la valeur 2025 est la cinquième de chaque ligne).
  6. La politique de lutte contre l'immigration irrégulière (rapport public thématique), Cour des comptes, janvier 2024. page de synthèse, partie « L'éloignement : un enchaînement d'obstacles structurels », chercher « 12 % » ; même page (chercher « entre 20 et 30 % »).

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Réponses tirées de fiches vérifiées. La source est sous chaque phrase.