La France en vrai

Les immigrés d'avant s'intégraient-ils mieux que ceux d'aujourd'hui ?

Avant, les immigrés s'intégraient. Plus maintenant.

Trompeur

Non, rien ne montre que les immigrés d'avant s'intégraient plus vite : pour les Polonais, l'intégration a pris deux ou trois générations. Les Italiens et les Polonais ont d'abord été rejetés, et on reprochait aux Polonais de rester entre eux. Aujourd'hui, 95 % des enfants d'immigrés se sentent chez eux en France, et 66 % de ceux qui vivent en couple ont un conjoint sans ascendance migratoire. Musée national de l'histoire de l'immigration +2 Musée national de l'histoire de l'immigration · janvier 2017 Polonia, des Polonais en France depuis 1830 : synthèse historique pages 6 à 8, partie « La question de l'intégration : la spécificité polonaise » (chercher « repliés », « mariages mixtes », « à peine amorcé » et « troisième génération ») ; date de mise en ligne du fichier, document de l'exposition de 2011 INSEE · mars 2023 Une situation des descendants d'immigrés plus favorable que celle des immigrés (vue d'ensemble, Immigrés et descendants d'immigrés, Insee Références, édition 2023) partie sur la mixité des unions (chercher « 66 % ») INSEE (d'après l'enquête Trajectoires et Origines 2 · mars 2023 Ressentis par rapport à la migration et sentiment d'intégration, fiche 6.6 (Immigrés et descendants d'immigrés, Insee Références, édition 2023) page 162, colonne de droite (chercher « 95 % » et « On me voit »)

Parmi les personnes en couple, part de celles dont le conjoint n'a pas d'ascendance migratoire, en 2019-2020
  • Immigrés 27 %
  • Enfants de deux parents immigrés 50 %
  • Enfants d'immigrés, ensemble 66 %
  • Enfants d'un seul parent immigré 80 %

France hors Mayotte, personnes vivant en couple. La mixité augmente à chaque génération, plus ou moins vite selon les origines.

Source INSEE +1 INSEE · mars 2023 Une situation des descendants d'immigrés plus favorable que celle des immigrés (vue d'ensemble, Immigrés et descendants d'immigrés, Insee Références, édition 2023) partie sur la mixité des unions (chercher « 66 % ») INSEE (enquêtes Emploi 2019-2020) · mars 2023 Origines des conjoints des immigrés et des descendants d'immigrés (Immigrés et descendants d'immigrés, Insee Références, édition 2023) partie sur les descendants d'immigrés (chercher « famille mixte » et « 77 % »)

Si l'objectif est que les immigrés d'aujourd'hui s'intègrent plus vite que ceux d'hier, voici ce que mesurent ou chiffrent les organismes publics.

Taux de rappel des candidatures, à CV comparable (testing 2019-2021)
  • Nom d'origine supposée française 33,3 %
  • Nom d'origine supposée maghrébine 22,8 %

Les candidats précisaient avoir étudié et travaillé uniquement en France. 32 % de rappels en moins.

Source INSEE et Dares INSEE et Dares · mars 2023 Les discriminations sur le marché du travail subies par les personnes d'origine maghrébine (Émilie Arnoult, Dares), dans Immigrés et descendants d'immigrés en France, édition 2023 partie « Les candidatures d'origine supposée maghrébine sont moins souvent recontactées » et lecture de la figure 1, chercher « 33,3 % »

  1. 68 % seulement atteignent le niveau A1

    Faire vraiment apprendre le français

    Les cours de français et d'éducation civique des nouveaux arrivants ont coûté 116,9 millions d'euros en 2023, mais seulement 68 % des personnes envoyées en cours de français ont atteint le niveau A1, le plus élémentaire. Le Sénat recommande d'allonger les cours d'au moins 100 heures pour viser le niveau A2, désormais exigé ; le ministère de l'Intérieur chiffre cette réforme à au moins 100 millions d'euros. Sénat Sénat · septembre 2024 L'essentiel sur le rapport d'information « Apprentissage du français et des valeurs civiques : davantage de moyens et toujours pas davantage de réussite » synthèse « L'essentiel sur… » : partie 1 (« 2024-42 », « 116,9 millions », « 68 % »), partie 2 (« A2 », « 100 millions »), partie 3 B (« 100 heures »)

  2. 32 % de rappels en moins

    Lutter contre les discriminations à l'embauche

    À CV comparable, un candidat au nom d'origine maghrébine, qui a étudié et travaillé uniquement en France, reçoit 32 % de rappels en moins. Ces écarts freinent l'accès à l'emploi de personnes qui ont fait toute leur scolarité en France. INSEE et Dares INSEE et Dares · mars 2023 Les discriminations sur le marché du travail subies par les personnes d'origine maghrébine (Émilie Arnoult, Dares), dans Immigrés et descendants d'immigrés en France, édition 2023 partie « Les candidatures d'origine supposée maghrébine sont moins souvent recontactées » et lecture de la figure 1, chercher « 33,3 % »

  3. 43 % en emploi

    Accompagner les réfugiés vers l'emploi et le logement

    Avec le programme AGIR, 43 % des réfugiés suivis au moins six mois ont trouvé un emploi et 65 % un logement, fin 2025. Le programme est plafonné à 25 000 personnes suivies en même temps depuis les économies décidées début 2024. Ministère de l'Intérieur Ministère de l'Intérieur · septembre 2026 Les étrangers en France 2025, rapport au Parlement chapitre 6, partie « Le déploiement opérationnel du programme AGIR », pages 99-100 (chercher « 43 % »)

Part de diplômés du supérieur : personnes de 30 à 59 ans et leurs parents, en 2019-2020
  • Parents immigrés (tous deux nés à l'étranger) 5 %
  • Leurs enfants 33 %
  • Parents sans lien avec l'immigration 20 %
  • Leurs enfants 43 %

France métropolitaine. Parts corrigées des écarts d'âge par l'INSEE. Les enfants d'immigrés ont fait le plus grand bond d'une génération à l'autre.

Source INSEE INSEE · mars 2023 Une situation des descendants d'immigrés plus favorable que celle des immigrés (vue d'ensemble, Immigrés et descendants d'immigrés, Insee Références, édition 2023) partie sur l'éducation (chercher « 36 % » et « mobilité intergénérationnelle »)

Pourquoi « trompeur » ? On compare les petits-enfants des immigrés d'hier avec les immigrés arrivés récemment.

Quand on pense aux immigrés qui « se sont intégrés », on pense souvent aux Italiens, aux Espagnols, aux Portugais ou aux Polonais. Mais ceux que l'on connaît aujourd'hui sont surtout leurs petits-enfants : 90 % des petits-enfants d'immigrés de 18 à 59 ans ont des ancêtres européens. Leurs grands-parents, eux, ont souvent vécu le rejet : massacre d'ouvriers italiens à Aigues-Mortes en 1893, insultes, renvois de familles polonaises entières dans les années 1930. On reprochait aux Polonais de rester entre eux : en 1939, selon le Musée national de l'histoire de l'immigration, leur intégration était « à peine amorcée ».

Pour comparer honnêtement, il faut comparer les mêmes générations. Les immigrés eux-mêmes ont plus de chômage et vivent surtout en couple avec d'autres immigrés, comme les Polonais d'avant-guerre se mariaient surtout entre eux. Leurs enfants, nés en France, se rapprochent nettement du reste de la population : couples mixtes, français appris dès l'enfance, diplômes et emplois proches. L'intégration se fait toujours sur plusieurs générations, plus ou moins vite selon les origines. Attention, il n'existe pas de statistiques d'avant-guerre directement comparables à celles d'aujourd'hui : pour hier, on s'appuie sur le travail des historiens, pour aujourd'hui sur les enquêtes de l'INSEE.

Ce qui a changé, c'est surtout l'origine des immigrés, plus souvent venus d'Afrique ou d'Asie. Pour une partie de leurs enfants, les discriminations déclarées augmentent au lieu de baisser, et l'INSEE montre qu'elles ne s'expliquent pas seulement par l'âge ou le diplôme. Une partie du frein peut donc tenir à la façon dont ils sont traités.

Sur 100 enfants d'immigrés, combien disent se sentir chez eux en France ?
95

En 2019-2020, contre 93 sur 100 pour les personnes sans lien direct avec l'immigration. Mais 20 sur 100 ne se sentent pas vus comme des Français.

Source INSEE (d'après l'enquête Trajectoires et Origines 2 INSEE (d'après l'enquête Trajectoires et Origines 2 · mars 2023 Ressentis par rapport à la migration et sentiment d'intégration, fiche 6.6 (Immigrés et descendants d'immigrés, Insee Références, édition 2023) page 162, colonne de droite (chercher « 95 % » et « On me voit »)

Pensez à un nom de famille italien, polonais ou portugais dans votre entourage : un collègue, un voisin, un joueur de l'équipe de France. Personne aujourd'hui ne se demande s'il est « intégré ». Pourtant, son arrière-grand-père s'est peut-être fait traiter de « macaroni » ou de « Polak », et on disait de sa famille qu'elle vivait à part, dans sa cité minière, avec sa langue et ses journaux.

Les enfants d'immigrés d'aujourd'hui sont à mi-chemin du même parcours. Ils parlent français, se marient de plus en plus en dehors de leur origine, et 95 sur 100 se sentent chez eux en France. Leur demander de ressembler tout de suite aux arrière-petits-enfants des Italiens, c'est oublier le temps qu'il a fallu à ces derniers.

À votre avis, si l'on compare les enfants d'immigrés d'aujourd'hui avec les enfants des Italiens ou des Polonais des années 1930, qui s'en sort le moins bien ?

  1. Aigues-Mortes (rubrique « Intégration et xénophobie »), avec un extrait de Gérard Noiriel, Musée national de l'histoire de l'immigration, octobre 2026. page non datée, consultée en octobre 2026 : chapeau (chercher « dizaines de morts »), puis extrait de Gérard Noiriel (chercher « Bilan »).
  2. Ciao Italia ! Un siècle d'immigration et de culture italiennes en France, manuel de médiation de l'exposition, Musée national de l'histoire de l'immigration, février 2022. page 1 (chercher « 7% ») ; pages 3-4, partie sur les années 1880-1910 (chercher « xénophobie », « concurrence déloyale », « 8 ouvriers » et « manieur de couteau »).
  3. La France et ses migrations du XVIIe siècle à nos jours, retranscription du film, Musée national de l'histoire de l'immigration, septembre 2025. pages 4 et 8 (chercher « brimades », « macaroni » et « surnombre »).
  4. Polonia, des Polonais en France depuis 1830 : synthèse historique, Musée national de l'histoire de l'immigration, janvier 2017. pages 6 à 8, partie « La question de l'intégration : la spécificité polonaise » (chercher « repliés », « mariages mixtes », « à peine amorcé » et « troisième génération ») ; date de mise en ligne du fichier, document de l'exposition de 2011.
  5. Polonia : petites Polognes minières et isolats ruraux, Musée national de l'histoire de l'immigration, octobre 2026. page non datée de l'exposition « Polonia » (2011), consultée en octobre 2026 (chercher « 48 heures » et « francophone »).
  6. Une situation des descendants d'immigrés plus favorable que celle des immigrés (vue d'ensemble, Immigrés et descendants d'immigrés, Insee Références, édition 2023), INSEE, mars 2023. partie sur la troisième génération (chercher « 57 % ») ; partie sur la mixité des unions (chercher « 66 % ») ; partie sur l'éducation (chercher « 36 % » et « mobilité intergénérationnelle ») ; partie sur l'emploi (chercher « diffèrent peu »).
  7. Transmission familiale des langues (Immigrés et descendants d'immigrés, Insee Références, édition 2023), INSEE (d'après l'enquête Trajectoires et Origines 2, Ined-Insee), mars 2023. premier paragraphe de la fiche (chercher « Neuf descendants »).
  8. Ressentis par rapport à la migration et sentiment d'intégration, fiche 6.6 (Immigrés et descendants d'immigrés, Insee Références, édition 2023), INSEE (d'après l'enquête Trajectoires et Origines 2, Ined-Insee), mars 2023. page 162, colonne de droite (chercher « 95 % » et « On me voit »).
  9. Immigration, intégration et discriminations : quelques questions, INSEE, octobre 2026. questions sur la situation des immigrés et sur les primo-arrivants (chercher « 12 % » et « 85 % ») ; question sur les discriminations (chercher « +8 points »).
  10. Origines des conjoints des immigrés et des descendants d'immigrés (Immigrés et descendants d'immigrés, Insee Références, édition 2023), INSEE (enquêtes Emploi 2019-2020), mars 2023. partie sur les descendants d'immigrés (chercher « famille mixte » et « 77 % ») ; figure 2, « Descendants d'immigrés vivant en couple selon leur pays d'origine et celui de leur conjoint », lignes « Maghreb », « Turquie » et « Espagne, Italie » (1re colonne : deux parents immigrés, conjoint ni immigré ni descendant d'immigrés ; 5e colonne : un seul parent immigré).
  11. L'essentiel sur le rapport d'information « Apprentissage du français et des valeurs civiques : davantage de moyens et toujours pas davantage de réussite », Sénat, commission des finances (rapporteure spéciale Marie-Carole Ciuntu), septembre 2024. synthèse « L'essentiel sur… » : partie 1 (« 2024-42 », « 116,9 millions », « 68 % »), partie 2 (« A2 », « 100 millions »), partie 3 B (« 100 heures »).
  12. Les discriminations sur le marché du travail subies par les personnes d'origine maghrébine (Émilie Arnoult, Dares), dans Immigrés et descendants d'immigrés en France, édition 2023, INSEE et Dares, mars 2023. partie « Les candidatures d'origine supposée maghrébine sont moins souvent recontactées » et lecture de la figure 1, chercher « 33,3 % ».
  13. Les étrangers en France 2025, rapport au Parlement, Ministère de l'Intérieur, direction générale des étrangers en France, septembre 2026. chapitre 6, partie « Le déploiement opérationnel du programme AGIR », pages 99-100 (chercher « 43 % »).
  14. Histoire des migrations et diversité des origines géographiques des immigrés (Immigrés et descendants d'immigrés, Insee Références, édition 2023), INSEE, mars 2023. partie sur l'entre-deux-guerres (chercher « 6,6 % »).

Une erreur ? Signalez-la, on corrige publiquement.

Sur le même sujet : « L'immigration coûte un pognon de dingue à la France. » · « Les immigrés nous piquent notre travail. » · « Le grand remplacement, c'est en cours. » · « La France accueille plus d'immigrés que tous les autres pays d'Europe. »

Réponses tirées de fiches vérifiées. La source est sous chaque phrase.