La France en vrai

L'insécurité explose-t-elle vraiment en France ?

L'insécurité explose en France.

Qui dit ça ? 2 déclarations

Cette idée est défendue publiquement. Mot pour mot :

  • « Monsieur le ministre de l'intérieur, chaque jour, 12 tentatives d'homicide sont comptabilisées dans notre pays, soit deux fois plus qu'en 2017, avant l'installation de la Macronie. Chaque jour, 362 agressions sexuelles sont recensées, alors qu'elles étaient déjà 156 de trop en 2017. »

    Antoine Valentin, député UDR de la Haute-Savoie. Questions au gouvernement, deuxième séance du mardi 3 février 2026, Assemblée nationale, le 3 février 2026. Source ↗

    Première intervention du député, élu la veille de sa prise de fonction lors d'une élection partielle. Ses chiffres correspondent bien aux données enregistrées par la police et la gendarmerie (4 477 tentatives d'homicide en 2025, soit environ 12 par jour). Les « 362 agressions sexuelles » correspondent à l'ensemble des violences sexuelles enregistrées (132 100 en 2025), pas aux seules agressions sexuelles. La ministre déléguée Marie-Pierre Vedrenne lui a répondu que « notre pays n'est pas devenu un coupe-gorge à ciel ouvert ».

  • « Les Français ne se sentent plus en sécurité nulle part, ni dans leur quartier, ni dans le métro, ni devant chez eux. C'est le chaos sécuritaire ! […] C'est l'ensauvagement d'une nation autrefois fière, autrefois respectée, autrefois protégée. »

    Olivier Fayssat, député UDR des Bouches-du-Rhône. Questions au gouvernement, première séance du mercredi 12 novembre 2025, Assemblée nationale, le 12 novembre 2025. Source ↗

    Le député cite une hausse de 8 % des homicides (« 73 morts de plus »). Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez lui a répondu que ces chiffres étaient « ceux du mois d'octobre seulement ». Sur l'année 2025 entière, le bilan définitif du service statistique compte 975 victimes d'homicide, contre 976 en 2024.

En partie vrai

Non, l'insécurité n'explose pas partout. Les homicides sont stables depuis deux ans (975 victimes en 2025, 976 en 2024), après une hausse entre 2020 et 2023. Les vols violents ont presque été divisés par deux depuis 2016. La plus forte hausse en nombre concerne les violences enregistrées dans la famille : 54 % des victimes de violences physiques enregistrées en 2025. SSMSI (ministère de l'Intérieur) SSMSI (ministère de l'Intérieur) · juillet 2026 Insécurité et délinquance en 2025 : bilan statistique (Interstats Références, édition 2026) synthèse page 10, fiche 1 page 75 et note 2, annexe 1 page 186 (ligne « Homicides », de 2025 à 2016)

Ce qui monte, ce qui baisse : évolution entre 2016 et 2025
  • Violences physiques dans la famille +126 %
  • Tentatives d'homicide +98 %
  • Violences physiques hors de la famille +32 %
  • Homicides +7 %
  • Cambriolages de logement −15 %
  • Vols violents sans arme −48 %

Faits enregistrés par la police et la gendarmerie, évolution entre 2016 et 2025 (notre calcul). Les hausses viennent en partie de victimes qui portent plainte plus souvent. Le chiffre des homicides de 2016 comprend près de 90 victimes de l'attentat de Nice.

Source SSMSI (ministère de l'Intérieur) SSMSI (ministère de l'Intérieur) · juillet 2026 Insécurité et délinquance en 2025 : bilan statistique (Interstats Références, édition 2026) synthèse page 10, fiche 1 page 75 et note 2, annexe 1 page 186 (ligne « Homicides », de 2025 à 2016)

Si l'objectif est plus de sécurité, concrètement, voici ce que montrent les rapports officiels.

Pour plus de sécurité, par quoi commenceriez-vous ?

Choisissez une réponse pour voir ce qu'elle donnerait.

Ces trois réponses viennent de rapports officiels. Pour la Cour des comptes, donner plus de moyens ne suffit pas : tout dépend de la façon de les utiliser.

  1. 41 victimes sur 100 avaient déjà alerté

    Prendre au sérieux chaque signalement de violence dans le couple

    Plus de la moitié des violences physiques enregistrées ont lieu dans la famille. En étudiant les homicides et tentatives d'homicide conjugaux de 2015 et 2016, l'Inspection générale de la justice a constaté que 41 % des victimes avaient déjà signalé des violences à la police ou à la gendarmerie. Sur 40 mains courantes, 7 seulement avaient donné lieu à des investigations, et 80 % des plaintes transmises au parquet avaient été classées. Elle recommande de rechercher systématiquement les antécédents dès la première main courante ou plainte. SSMSI (ministère de l'Intérieur) +1 SSMSI (ministère de l'Intérieur) · juillet 2026 Insécurité et délinquance en 2025 : bilan statistique (Interstats Références, édition 2026) fiche 3 « Violences physiques », page 92 ; annexe 1, page 186 (lignes « Violences physiques », « dans le cadre familial », « hors du cadre familial », de 2025 à 2016) Inspection générale de la justice (ministère de la Justice) · novembre 2019 Mission sur les homicides conjugaux (rapport) page 3 (synthèse) ; page 19, partie 1.2.1.3 « Des violences antérieures portées à la connaissance des forces de l'ordre »

  2. 37 % des heures de travail sur le terrain

    Mettre les policiers là où est la délinquance

    Selon la Cour des comptes, 8 000 policiers ont été recrutés en plus de 2015 à 2020, sans plus de présence sur le terrain : 37 % des heures de travail se passent hors des locaux, un taux en baisse depuis dix ans (la police juge cet indicateur imparfait). La Cour relève que les effectifs des unités d'enquête sont « peu corrélés au niveau de la délinquance ». Ses leviers : mieux répartir les policiers et adapter l'organisation de leur temps de travail aux besoins. Cour des comptes Cour des comptes · novembre 2021 La gestion des ressources humaines au cœur des difficultés de la police nationale (note structurelle) page 8 (« Chiffres clés »), page 11 (premier paragraphe) et page 12 (sous le graphique n° 1)

Ce qui rapporterait peu

Ajouter des caméras ne suffit pas à faire baisser la délinquance. Dans les communes qu'elle a étudiées, la Cour des comptes n'a relevé « aucune corrélation globale » entre la vidéoprotection et le niveau de la délinquance sur la voie publique, ni avec les taux d'élucidation. La police et la gendarmerie soulignent leur intérêt pour certaines enquêtes, mais leur effet d'ensemble n'est pas démontré. Cour des comptes Cour des comptes · octobre 2020 Les polices municipales (rapport public thématique) partie « D - Une efficacité de la vidéoprotection insuffisamment mesurée », page 69 (« investigation judiciaire ») et page 70, premier paragraphe (« aucune corrélation globale »)

Homicides en Europe en 2024
PaysHomicides pour 100 000 habitants
Lituanie2,63
Finlande1,78
Belgique1,40
France1,28
Suède0,87
Allemagne0,83
Espagne0,72
Italie0,57

Homicides volontaires enregistrés par la police, chiffres Eurostat. La France est au 6e rang sur les 27 pays de l'Union européenne (notre classement) : au-dessus de ses grands voisins, en dessous des pays baltes, de la Finlande et de la Belgique.

Source Eurostat Eurostat · avril 2026 Police-recorded offences by offence category (crim_off_cat) catégorie « Intentional homicide » (ICCS0101), unité « pour cent mille habitants », année 2024 ; valeurs relues le 29 octobre 2026 par l'API d'Eurostat (jeu crim_off_cat, mis à jour le 29 avril 2026)

Violences physiques enregistrées, dans la famille et en dehors
  • Dans la famille, 2016 114 000
  • Dans la famille, 2025 257 000
  • Hors de la famille, 2016 163 000
  • Hors de la famille, 2025 216 000

Nombre de victimes enregistrées par la police et la gendarmerie, couple compris dans « la famille ». Dans la famille, le nombre a plus que doublé. En dehors, il a augmenté d'environ un tiers (notre calcul).

Source SSMSI (ministère de l'Intérieur) SSMSI (ministère de l'Intérieur) · juillet 2026 Insécurité et délinquance en 2025 : bilan statistique (Interstats Références, édition 2026) fiche 3 « Violences physiques », page 92 ; annexe 1, page 186 (lignes « Violences physiques », « dans le cadre familial », « hors du cadre familial », de 2025 à 2016)

Il existe deux façons de mesurer l'insécurité. La première compte ce que la police et la gendarmerie enregistrent : surtout des plaintes. La seconde interroge directement des milliers d'habitants, qu'ils aient porté plainte ou non. Les deux sont utiles, mais elles ne disent pas la même chose.

Les plaintes donnent une image fidèle pour les faits que presque tout le monde signale, comme les homicides ou les vols de voiture (pour l'assurance). Pour les violences, c'est différent : seulement 21 victimes sur 100 portent plainte. Si demain 25 victimes sur 100 portaient plainte, les violences enregistrées augmenteraient d'environ 20 % (notre calcul), sans une seule agression de plus. C'est en partie ce qui se passe pour les violences dans la famille : depuis 2016, celles qui sont enregistrées ont plus que doublé, et le ministère parle d'un contexte de « libération de la parole ».

Cela ne veut pas dire que tout s'explique par les plaintes. L'enquête auprès des habitants montre elle aussi une hausse des violences physiques entre 2022 et 2023, et les tentatives d'homicide enregistrées ont presque doublé. Mais les homicides, le crime le mieux compté, sont stables en 2024 et 2025, et plus bas qu'au milieu des années 1990 selon les premières estimations du service statistique sur longue période. Et les vols, avec ou sans violence, reculent nettement.

Le bon résumé n'est donc ni « tout va bien » ni « tout explose » : certaines violences montent, d'autres délits baissent, et la peur progresse.

Sur 100 victimes de violences physiques enregistrées en 2025, combien dans la famille ?
54 sur 100

victimes de violences physiques enregistrées en 2025 l'ont été dans le cadre familial, couple compris.

Source SSMSI (ministère de l'Intérieur) SSMSI (ministère de l'Intérieur) · juillet 2026 Insécurité et délinquance en 2025 : bilan statistique (Interstats Références, édition 2026) fiche 3 « Violences physiques », page 92 ; annexe 1, page 186 (lignes « Violences physiques », « dans le cadre familial », « hors du cadre familial », de 2025 à 2016)

Imaginez une voisine de votre immeuble. Pendant des années, son mari la frappe, et elle ne dit rien. Un jour, elle ose aller au commissariat. Dans les statistiques, cela fait une violence de plus. Pourtant, votre rue n'est pas devenue plus dangereuse ce jour-là : c'est une violence ancienne qui devient enfin visible. En 2025, plus de la moitié des violences physiques enregistrées se sont passées dans la famille.

Et si vous-même, vous évitez de rentrer seul le soir, vous n'êtes pas en train d'imaginer des choses : une personne sur cinq dit avoir déjà renoncé à sortir pour des raisons de sécurité, et près d'une femme sur trois. Cette peur est réelle et elle compte. Mais pour savoir si le danger dans la rue explose, il faut regarder ce qui se passe dans la rue : là, les vols avec violence reculent depuis 2006, et les homicides sont stables depuis deux ans.

Pour savoir si l'insécurité explose, qu'est-ce qui vous paraît le plus fiable : le nombre de plaintes, ou ce que racontent les habitants quand on leur pose directement la question ?

  1. Insécurité et délinquance en 2025 : bilan statistique (Interstats Références, édition 2026), SSMSI (ministère de l'Intérieur), juillet 2026. synthèse page 10, fiche 1 page 75 et note 2, annexe 1 page 186 (ligne « Homicides », de 2025 à 2016) ; fiche 2 « Tentatives d'homicide », page 85 ; fiche 3 « Violences physiques », page 92 ; annexe 1, page 186 (lignes « Violences physiques », « dans le cadre familial », « hors du cadre familial », de 2025 à 2016) ; partie sur les délais de plainte des violences sexuelles, page 185 (chercher « 51 900 ») ; annexe 1, page 186 (lignes « Vols avec armes », « Vols violents sans arme », « Cambriolages de logements », « Vols de véhicules », de 2025 à 2016) ; fiche 1 « Homicides », page 75.
  2. Homicide rate in France and Germany down by close to 60 % in 20 years (Crim flash n°2, en anglais), Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP), publication hébergée par l'IHEMI, décembre 2015. page 1, premier paragraphe.
  3. Bases statistiques communale, départementale et régionale de la délinquance enregistrée par la police et la gendarmerie nationales, SSMSI (ministère de l'Intérieur), sur data.gouv.fr, juillet 2026. fichier CSV régional, indicateur « Homicides », année 2025, régions métropolitaines (codes 11 à 94), colonnes « nombre » et « insee_pop ».
  4. Police-recorded offences by offence category (crim_off_cat), Eurostat, avril 2026. catégorie « Intentional homicide » (ICCS0101), unité « pour cent mille habitants », année 2024 ; valeurs relues le 29 octobre 2026 par l'API d'Eurostat (jeu crim_off_cat, mis à jour le 29 avril 2026) ; catégorie « Intentional homicide » (ICCS0101), unité « pour cent mille habitants », année 2024, tous pays ; données mises à jour le 29 avril 2026.
  5. Vécu et ressenti en matière de sécurité : victimation, délinquance et sentiment d'insécurité. Rapport d'enquête, édition 2024, SSMSI (ministère de l'Intérieur), octobre 2025. rapport PDF (copie archivée du 20 octobre 2026, la page du ministère bloque les robots), page 11 (encadré « Peu de victimes portent plainte »), figure 8 ; rapport PDF (copie archivée du 20 octobre 2026, la page du ministère bloque les robots), page 9, partie « Le sentiment d'insécurité progresse entre 2023 et 2024 » ; rapport PDF (copie archivée du 20 octobre 2026, la page du ministère bloque les robots), page 20, figure 16, ligne « Lecture » ; rapport PDF (copie archivée du 20 octobre 2026, la page du ministère bloque les robots), page 8, premier paragraphe ; rapport PDF (copie archivée du 20 octobre 2026, la page du ministère bloque les robots), annexe, figure II.1 (page 24) et figure I.4 (page 22).
  6. Les violences intrafamiliales non conjugales enregistrées par les services de sécurité en hausse de 9 % en 2024 (Interstats Info rapide n°59), SSMSI (ministère de l'Intérieur), document hébergé par l'Observatoire national de la protection de l'enfance, janvier 2026. page 1, résumé en haut de page.
  7. Présentation des bases communale, départementale et régionale des principaux indicateurs des crimes et délits enregistrés par la police et la gendarmerie nationales, SSMSI (ministère de l'Intérieur), sur data.gouv.fr, juillet 2026. page 1, deuxième paragraphe ; page 5, « Quelques précisions méthodologiques ».
  8. Homicides commis en France entre 2016 et 2020 (Insee Références, Sécurité et société), INSEE, avec le SSMSI, décembre 2021. chercher « porosité » dans la page.
  9. Les polices municipales (rapport public thématique), Cour des comptes, octobre 2020. partie « D - Une efficacité de la vidéoprotection insuffisamment mesurée », page 69 (« investigation judiciaire ») et page 70, premier paragraphe (« aucune corrélation globale »).
  10. La gestion des ressources humaines au cœur des difficultés de la police nationale (note structurelle), Cour des comptes, novembre 2021. page 8 (« Chiffres clés »), page 11 (premier paragraphe) et page 12 (sous le graphique n° 1) ; page 17 (« 2 - Quatre leviers d'action ») et page 18 (fin de la partie A).
  11. Mission sur les homicides conjugaux (rapport), Inspection générale de la justice (ministère de la Justice), novembre 2019. page 3 (synthèse) ; page 19, partie 1.2.1.3 « Des violences antérieures portées à la connaissance des forces de l'ordre » ; page 20, fin de la page (« 80 % ») ; page 31, début de la page (« recherche de précédents »).

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Réponses tirées de fiches vérifiées. La source est sous chaque phrase.